Par : Dr Elie Servan-Schreiber (Gynécologue-obstétricien) — 21/02/2026
En bref
Le diabète gestationnel touche 10 à 15 % des grossesses en France. Il se dépiste entre 24 et 28 SA grâce au test HGPO. Avec un régime adapté, la grande majorité des cas se contrôlent sans insuline. Il disparaît après l'accouchement dans environ 90 % des cas, mais un suivi à long terme reste nécessaire.
Le diabète gestationnel (parfois orthographié diabete gestationnel) est un trouble de la tolérance au glucose qui apparaît pour la première fois au cours de la grossesse, généralement au deuxième ou au troisième trimestre. Contrairement au diabète de type 1 ou de type 2 qui préexistent avant la conception, le diabète gestationnel est directement lié aux bouleversements hormonaux provoqués par la grossesse.
Le mécanisme est le suivant : le placenta produit des hormones (notamment l'hormone lactogène placentaire, le cortisol et la progestérone) qui augmentent progressivement la résistance à l'insuline chez la mère. Le pancréas doit alors produire davantage d'insuline pour maintenir une glycémie normale. Lorsque le pancréas ne parvient plus à compenser cette résistance accrue, la glycémie augmente et le diabète gestationnel s'installe.
Selon Santé Publique France, le diabète gestationnel touche entre 10 et 15 % des grossesses dans notre pays, et sa prévalence est en augmentation constante ces dernières années, notamment en raison de l'augmentation de l'âge maternel et de la prévalence du surpoids. La glycémie pendant la grossesse doit donc être surveillée avec attention, même en l'absence de symptômes.
Toutes les femmes enceintes ne présentent pas le même risque de développer un diabète gestationnel. Plusieurs facteurs augmentent significativement la probabilité d'en être atteinte :
Si vous présentez un ou plusieurs de ces facteurs, votre médecin ou sage-femme pourra vous proposer un dépistage précoce dès le premier trimestre.
C'est l'un des aspects les plus déroutants du diabète gestationnel : dans la grande majorité des cas, il ne provoque aucun symptôme. C'est précisément la raison pour laquelle le dépistage systématique est si important. Une femme peut avoir un taux de glycémie élevé pendant la grossesse sans s'en rendre compte.
Toutefois, certains signes peuvent parfois alerter, bien qu'ils soient facilement confondus avec les désagréments habituels de la grossesse :
Parmi les symptômes du diabète gestationnel, aucun n'est vraiment spécifique. La plupart des femmes découvrent leur diabète gestationnel lors du dépistage systématique entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée. N'attendez donc pas de ressentir des symptômes pour effectuer le test.
Le dépistage du diabète gestationnel repose sur un test appelé HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale), aussi connu sous le nom de test diabète gestationnel. Il est proposé à toutes les femmes enceintes présentant au moins un facteur de risque, et de plus en plus souvent de manière systématique.
Le test HGPO est réalisé entre 24 et 28 SA (semaines d'aménorrhée), période à laquelle la résistance à l'insuline liée au placenta atteint son maximum. Si vous présentez des facteurs de risque importants, votre médecin peut également prescrire une glycémie à jeun dès le premier trimestre. Un taux de glycémie à jeun supérieur ou égal à 0,92 g/L au premier trimestre suffit à poser le diagnostic.
Le test se déroule au laboratoire, le matin, après un jeûne d'au moins 8 heures. Vous ingérez 75 g de glucose dissous dans de l'eau. Trois prises de sang sont ensuite effectuées : à jeun, puis 1 heure et 2 heures après l'ingestion du glucose.
Selon les critères IADPSG (International Association of Diabetes and Pregnancy Study Groups), adoptés par l'OMS et repris par la HAS en France, le diagnostic de diabète gestationnel est posé dès qu'une seule valeur atteint ou dépasse les seuils suivants :
Une seule valeur anormale suffit pour poser le diagnostic. Ces seuils de taux pour le diabète gestationnel sont aujourd'hui les références internationales.
Lorsqu'il n'est pas pris en charge, le diabète gestationnel peut entraîner des complications pour la mère comme pour le bébé. Il est cependant essentiel de garder en tête que ces risques sont considérablement réduits avec un suivi médical adapté et une alimentation appropriée.
Le principal risque du diabète gestationnel pour le bébé est la macrosomie, c'est-à-dire un poids de naissance supérieur à 4 kg. Lorsque la mère présente une glycémie élevée, le glucose traverse le placenta et stimule le pancréas du bébé qui produit davantage d'insuline. Cette hyperinsulinémie fœtale favorise le stockage des graisses et une croissance excessive.
Les autres risques du diabète gestationnel pour le bébé comprennent :
Rassurez-vous : avec un bon suivi médical, un régime adapté et éventuellement un traitement par insuline, la grande majorité des grossesses avec diabète gestationnel se déroulent très bien. Les complications graves restent rares lorsque la glycémie est contrôlée.
Le régime alimentaire est le traitement de première intention du diabète gestationnel. C'est une excellente nouvelle, car cela signifie que vous avez un réel pouvoir d'action. D'après la HAS, 80 à 90 % des diabètes gestationnels se contrôlent par l'alimentation seule, sans recours à l'insuline.
Le régime pour un diabète gestationnel ne consiste pas à manger moins, mais à manger mieux. Il ne s'agit en aucun cas d'un régime restrictif : la grossesse n'est pas le moment de réduire drastiquement ses apports caloriques. L'objectif est de répartir les glucides de manière régulière tout au long de la journée et de privilégier ceux dont l'index glycémique est bas.
Voici les grands principes du régime diabète gestationnel :
Si vous souffrez de nausées de grossesse, le fractionnement des repas peut également vous aider à mieux tolérer l'alimentation tout en contrôlant votre glycémie.
Pour savoir concrètement que manger avec un diabète gestationnel, voici un tableau récapitulatif des aliments à privilégier et de ceux à limiter ou éviter. Cette liste vous aidera à composer vos menus quotidiens.
À privilégier
À limiter ou éviter
Si vous suivez un régime végétarien ou végane pendant la grossesse, les légumineuses et le tofu constituent d'excellentes sources de protéines à index glycémique bas, parfaitement adaptées au régime diabète gestationnel.
Le petit déjeuner est le repas le plus critique lorsque l'on a un diabète gestationnel. Pourquoi ? Parce que la résistance à l'insuline est à son maximum le matin, après le jeûne nocturne. Les glucides consommés au réveil provoquent des pics de glycémie plus importants que ceux pris au déjeuner ou au dîner. Il est donc essentiel de porter une attention particulière à ce que l'on mange au petit déjeuner.
Ce qu'il faut absolument éviter au petit déjeuner : le jus d'orange (même frais pressé), les céréales sucrées, les viennoiseries (croissants, pains au chocolat), les tartines de confiture sur pain blanc, le miel en grande quantité. Tous ces aliments provoquent un pic de glycémie brutal et difficile à contrôler.
La formule gagnante pour un petit déjeuner diabète gestationnel : une source de protéines + un féculent à IG bas + un fruit (en fin de repas) + une boisson chaude sans sucre.
Petit déjeuner n°1 : Le classique salé
Petit déjeuner n°2 : Le bowl protéiné
Petit déjeuner n°3 : L'express
Retrouvez d'autres idées dans notre guide complet du petit déjeuner idéal pour la femme enceinte, en adaptant les suggestions aux principes du régime à IG bas détaillés ici.
Voici un menu pour un diabète gestationnel sur une journée complète, illustrant le principe du fractionnement (3 repas + 2 collations) et de l'index glycémique bas.
Petit déjeuner (7h30)
1 tranche de pain complet + beurre, 1 œuf dur, 30 g de comté, quelques fraises, 1 thé vert sans sucre.
Collation du matin (10h)
1 yaourt nature + 1 poignée de noix (environ 30 g).
Déjeuner (12h30)
Salade de lentilles vertes avec légumes croquants (concombre, tomates, poivrons), 1 filet de poulet grillé, 1 cuillère à soupe d'huile d'olive, 1 tranche de pain complet, 1 pomme en dessert.
Collation de l'après-midi (16h)
1 tranche de pain de seigle + 1 portion de fromage frais, ou 2 carrés de chocolat noir (70 % cacao minimum) + quelques amandes.
Dîner (19h30)
Pavé de saumon au four, quinoa (150 g cuit), brocolis vapeur, 1 filet d'huile d'olive, 1 poire en dessert.
Ce menu est un exemple indicatif. Les portions et les choix d'aliments doivent être adaptés à vos besoins caloriques individuels, définis avec votre diététicienne ou votre médecin. Le principe fondamental reste le même : des glucides complexes en quantité modérée, des protéines et des fibres à chaque repas, et des collations pour éviter les à-coups glycémiques.
Une fois le diagnostic posé, l'auto-surveillance glycémique devient un compagnon quotidien. Elle permet de vérifier que votre alimentation suffit à contrôler votre glycémie pendant la grossesse et d'ajuster le traitement si nécessaire.
L'auto-surveillance se fait à l'aide d'un lecteur de glycémie capillaire (une petite piqûre au bout du doigt). Votre médecin vous demandera généralement de mesurer votre glycémie 4 à 6 fois par jour : une mesure à jeun le matin, puis 2 heures après chaque repas principal (petit déjeuner, déjeuner, dîner).
Notez chaque résultat dans un carnet de surveillance (papier ou application mobile) ainsi que le contenu de vos repas. Ce carnet est un outil précieux lors de vos consultations : il permet au médecin de repérer les moments où la glycémie dérape et d'identifier les aliments en cause.
Si, malgré un régime alimentaire bien suivi pendant 1 à 2 semaines, vos glycémies restent au-dessus des objectifs, votre médecin pourra vous prescrire de l'insuline. Selon le CNGOF, cela concerne 10 à 20 % des cas de diabète gestationnel. L'insuline ne traverse pas le placenta et est donc sans danger pour le bébé. Les antidiabétiques oraux (comme la metformine) ne sont pas recommandés en première intention en France pendant la grossesse, bien que leur usage soit discuté dans certaines situations.
Voici la bonne nouvelle : le diabète gestationnel disparaît dans environ 90 % des cas après la délivrance du placenta. Dès que le placenta est expulsé, les hormones responsables de la résistance à l'insuline chutent brutalement et la glycémie se normalise rapidement.
Toutefois, avoir eu un diabète gestationnel n'est pas anodin sur le long terme. Les études montrent que le risque de développer un diabète de type 2 dans les 5 à 10 années suivant la grossesse est considérablement augmenté : d'après Santé Publique France, jusqu'à 50 % des femmes ayant eu un diabète gestationnel développeront un diabète de type 2 au cours de leur vie.
C'est pourquoi un suivi rigoureux est recommandé après l'accouchement :
Pour des conseils sur la gestion du poids après la naissance, consultez notre article perdre du poids après une grossesse.
« Le diabète gestationnel est souvent source d'angoisse pour les patientes, mais il est important de rappeler qu'il se gère très bien dans la grande majorité des cas. L'alimentation est véritablement le pilier du traitement. J'encourage mes patientes à voir cette période non pas comme une contrainte, mais comme une opportunité d'adopter des habitudes alimentaires bénéfiques pour toute la famille. Le fractionnement des repas, le choix d'aliments à index glycémique bas et le suivi régulier de la glycémie suffisent dans 80 à 90 % des cas. Et même lorsque l'insuline est nécessaire, elle est parfaitement sûre pour le bébé. »
Dr Elie Servan-Schreiber, gynécologue-obstétricien
Le diabète gestationnel est un trouble de la tolérance au glucose qui apparaît pour la première fois pendant la grossesse. Il est causé par les hormones placentaires qui augmentent la résistance à l'insuline. Il touche 10 à 15 % des grossesses en France et se distingue du diabète de type 1 ou 2 qui préexistent avant la grossesse.
Non pris en charge, il peut entraîner une macrosomie (bébé de plus de 4 kg), une hypoglycémie néonatale ou un accouchement difficile. Cependant, avec un suivi adapté (alimentation et éventuellement insuline), ces risques sont considérablement réduits. La grande majorité des grossesses avec diabète gestationnel se déroulent très bien.
Le dépistage repose sur le test HGPO (hyperglycémie provoquée par voie orale) réalisé entre 24 et 28 semaines d'aménorrhée. Après ingestion de 75 g de glucose, trois prises de sang sont effectuées (à jeun, à 1h et à 2h). Une seule valeur dépassant les seuils (0,92 g/L à jeun, 1,80 g/L à 1h, 1,53 g/L à 2h) suffit pour poser le diagnostic.
Il faut limiter les sucres rapides (sodas, jus de fruits, confiseries), le pain blanc, les viennoiseries, les pommes de terre (surtout en purée), le riz blanc, les pâtes blanches trop cuites, le miel et la confiture en grande quantité, ainsi que les céréales du petit déjeuner sucrées.
Privilégiez un petit déjeuner salé ou pauvre en sucres rapides : 1 tranche de pain complet avec du beurre, 1 œuf ou du fromage, 1 fruit frais (en fin de repas) et 1 boisson chaude sans sucre. Évitez absolument le jus d'orange, les céréales sucrées et les viennoiseries, car la résistance à l'insuline est maximale le matin.
Oui, dans environ 90 % des cas, le diabète gestationnel disparaît après la délivrance du placenta. Cependant, il augmente le risque de développer un diabète de type 2 par la suite (jusqu'à 50 % des femmes concernées). Un contrôle glycémique à 6 semaines post-partum puis une surveillance annuelle sont recommandés.
Les objectifs glycémiques pendant la grossesse en cas de diabète gestationnel sont : inférieur à 0,95 g/L à jeun et inférieur à 1,20 g/L deux heures après les repas. Pour le dépistage, les seuils diagnostiques sont : 0,92 g/L à jeun, 1,80 g/L à 1h et 1,53 g/L à 2h après l'ingestion de glucose.
Non. L'insuline n'est nécessaire que dans 10 à 20 % des cas, lorsque le régime alimentaire seul ne suffit pas à contrôler la glycémie après 1 à 2 semaines d'essai. 80 à 90 % des diabètes gestationnels se gèrent uniquement par l'alimentation. Lorsqu'elle est prescrite, l'insuline est sans danger pour le bébé car elle ne traverse pas le placenta.
Oui. Les femmes ayant eu un diabète gestationnel ont un risque accru de développer un diabète de type 2 dans les 5 à 10 ans suivant la grossesse. Ce risque peut atteindre 50 % au cours de la vie. L'allaitement, l'activité physique régulière et le maintien d'une alimentation équilibrée permettent de réduire significativement ce risque.
Oui, les fruits ne sont pas interdits. Ils apportent des vitamines, des fibres et des minéraux essentiels. La règle est de les consommer en fin de repas (jamais seuls en collation sans accompagnement protéiné), de limiter les quantités à 1 à 2 portions par repas, et de privilégier les fruits à IG bas comme les pommes, poires, fraises et fruits rouges plutôt que les bananes très mûres ou les raisins.
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