Par : Dr Elie Servan-Schreiber (Gynécologue-obstétricien) — 11/03/2020
Les remontées acides touchent 40 à 80 % des femmes enceintes, surtout au 2e et au 3e trimestre (Richter, 2005). Elles sont provoquées par le relâchement du sphincter inférieur de l'œsophage sous l'effet de la progestérone et par la pression croissante de l'utérus sur l'estomac. Ce reflux gastro-œsophagien (RGO) est désagréable mais sans danger pour le bébé. Des mesures alimentaires simples, des ajustements posturaux et, si nécessaire, des traitements médicamenteux compatibles avec la grossesse permettent de soulager efficacement les symptômes.
Si vous êtes enceinte et que vous ressentez une sensation de brûlure qui remonte dans la poitrine après les repas, vous n'êtes pas seule. Les remontées acides pendant la grossesse sont l'un des désagréments les plus fréquents, en particulier à partir du deuxième trimestre. Bonne nouvelle : il existe de nombreuses solutions concrètes pour les atténuer. Ce guide complet vous explique pourquoi elles surviennent, comment adapter votre alimentation, quels traitements sont autorisés, et quand consulter un médecin.
Le reflux gastro-œsophagien, ou RGO, désigne la remontée du contenu acide de l'estomac vers l'œsophage. Normalement, un muscle annulaire appelé sphincter inférieur de l'œsophage (SIO) agit comme une valve anti-retour : il s'ouvre pour laisser passer les aliments vers l'estomac, puis se referme pour empêcher le contenu gastrique de remonter. Lorsque ce sphincter se relâche de façon inappropriée ou que la pression abdominale augmente, l'acide gastrique remonte dans l'œsophage, provoquant la sensation caractéristique de brûlure.
On distingue le RGO physiologique — épisodes brefs et peu fréquents, souvent après un repas copieux — du RGO pathologique, qui se manifeste par des symptômes réguliers, intenses et altérant la qualité de vie. Pendant la grossesse, le RGO est avant tout physiologique : il est directement lié aux modifications hormonales et mécaniques propres à cette période. Il disparaît dans la grande majorité des cas après l'accouchement.
Trois facteurs principaux expliquent pourquoi le reflux gastrique enceinte est si courant. Ces mécanismes agissent en synergie et s'intensifient au fil des trimestres.
La progestérone, hormone essentielle au maintien de la grossesse, voit sa concentration multipliée par 10 au cours des neuf mois (Richter, 2005). Son rôle premier est de relâcher les muscles lisses de l'utérus pour éviter les contractions prématurées. Mais cet effet myorelaxant ne se limite pas à l'utérus : il touche également le sphincter inférieur de l'œsophage. Des études montrent que le SIO se relâche de 30 à 50 % sous l'effet de la progestérone (Ali et Egan, 2007), ce qui réduit sa capacité à empêcher les remontées acides. Ce relâchement explique pourquoi le RGO peut apparaître dès le premier trimestre chez certaines femmes, bien avant que l'utérus n'exerce une pression mécanique significative.
À mesure que le bébé grandit, l'utérus occupe de plus en plus de place dans la cavité abdominale. Au troisième trimestre, il exerce une pression directe sur l'estomac, le repoussant vers le haut et réduisant son volume disponible. Cette compression augmente la pression intragastrique et favorise la remontée du contenu acide vers l'œsophage. C'est la raison pour laquelle les brûlures d'estomac grossesse s'aggravent nettement en fin de grossesse et sont particulièrement intenses en position allongée ou penchée en avant.
La progestérone ralentit également la motilité gastro-intestinale dans son ensemble. Le temps de vidange de l'estomac s'allonge, ce qui signifie que les aliments séjournent plus longtemps dans l'estomac. Ce ralentissement augmente le volume gastrique, la production d'acide et la probabilité de reflux. Il contribue aussi à la sensation de lourdeur et de ballonnement fréquente pendant la grossesse.
Les symptômes du RGO grossesse sont variés et peuvent aller d'une gêne légère à un inconfort important. Les reconnaître permet d'adapter les mesures de soulagement et de distinguer le reflux d'autres affections plus préoccupantes.
Une douleur épigastrique intense (« en barre » sous les côtes), associée à une hypertension artérielle, des maux de tête intenses, des troubles visuels ou un gonflement brutal du visage et des mains, peut être le signe d'une pré-éclampsie. Cette complication de la grossesse nécessite une prise en charge médicale urgente. Si vous présentez ces symptômes, ne les attribuez pas au reflux et consultez immédiatement.
L'évolution des symptômes de reflux suit un schéma assez prévisible au fil de la grossesse. Comprendre ce calendrier aide à anticiper et à adapter les mesures de prévention.
Au premier trimestre, les remontées acides sont relativement rares. Les symptômes digestifs dominants sont plutôt les nausées et vomissements de grossesse, liés à l'augmentation rapide de l'hormone HCG. Quelques femmes peuvent cependant déjà ressentir des brûlures d'estomac dès ce stade, en raison de l'effet précoce de la progestérone sur le sphincter œsophagien. Si c'est votre cas, les mesures alimentaires décrites plus loin dans cet article s'appliquent dès le début de la grossesse.
C'est généralement au deuxième trimestre que les remontées acides font leur apparition. Entre 30 et 50 % des femmes enceintes commencent à ressentir des brûlures d'estomac à ce stade, principalement après les repas et en position allongée. Le taux de progestérone continue d'augmenter, le SIO se relâche davantage, et l'utérus commence à exercer une pression notable sur les organes digestifs. Les symptômes sont souvent intermittents et peuvent être bien contrôlés par des ajustements alimentaires et posturaux.
Le troisième trimestre est la période de fréquence maximale du RGO pendant la grossesse : jusqu'à 80 % des femmes en souffrent (Quartarone, 2013). L'utérus atteint sa taille maximale, la pression sur l'estomac est à son comble, et le sphincter œsophagien est maximalement relâché. Les symptômes sont souvent quotidiens, aggravés par la position couchée, les repas copieux et certains aliments. C'est à ce stade que le recours à un traitement médicamenteux comme le Gaviscon devient souvent nécessaire en complément des mesures hygiéno-diététiques.
L'alimentation joue un rôle central dans la gestion du reflux gastrique enceinte. Certains aliments aggravent les symptômes en stimulant la production d'acide ou en relâchant le sphincter œsophagien, tandis que d'autres exercent un effet protecteur. Voici un guide pratique pour adapter votre alimentation. Pour un petit-déjeuner adapté à la grossesse, pensez à intégrer des aliments protecteurs dès le matin.
Les aliments suivants sont connus pour aggraver le reflux. Leur effet varie d'une personne à l'autre, mais il est recommandé de les réduire ou de les éliminer si vous souffrez de brûlures d'estomac :
Certains aliments aident à neutraliser l'acidité, à protéger la muqueuse œsophagienne ou à faciliter la digestion :
| Aliment | Effet | Conseil pratique |
|---|---|---|
| Banane | Antiacide naturel, tapisse la muqueuse gastrique | Idéale en collation ou au dessert |
| Pomme de terre | Alcalinisante, absorbe l'excès d'acide | Cuite à l'eau ou en purée, sans beurre excessif |
| Riz blanc | Facile à digérer, faible acidité | En accompagnement de légumes vapeur |
| Pain complet | Absorbe l'acide, riche en fibres | Au petit-déjeuner, grillé et nature |
| Lait d'amande | Alcalin, apaise les brûlures sans rebond acide | Un verre entre les repas en cas de brûlures |
| Gingembre | Anti-inflammatoire, favorise la motilité gastrique | En infusion (1 g de gingembre frais râpé) |
| Flocons d'avoine | Absorbent l'acide, rassasiants | En porridge au petit-déjeuner |
| Melon | Alcalinisant, riche en eau, faible acidité | En dessert ou en collation fraîche |
Au-delà de l'alimentation, plusieurs habitudes de vie peuvent réduire considérablement la fréquence et l'intensité des brûlures d'estomac pendant la grossesse. Voici les 10 mesures les plus efficaces, validées par la littérature médicale.
Lorsque les mesures hygiéno-diététiques ne suffisent pas, un traitement médicamenteux peut être envisagé. Il existe trois niveaux de traitement, à utiliser de façon progressive en fonction de la sévérité des symptômes. Ne prenez jamais de médicament sans l'avis de votre médecin ou de votre pharmacien.
Les antiacides à base d'alginate de sodium (Gaviscon) sont le traitement de première intention du RGO pendant la grossesse. Leur mode d'action est mécanique et non systémique : en contact avec l'acide gastrique, l'alginate forme un gel visqueux qui flotte à la surface du contenu de l'estomac, créant une barrière physique qui empêche le reflux. L'alginate réduit les symptômes de reflux de 60 % selon les études (Quartarone, 2013).
Le Gaviscon enceinte est autorisé tout au long de la grossesse car il n'est pas absorbé par l'organisme et ne passe pas dans le sang. La posologie habituelle est de 10 à 20 ml (1 à 2 cuillères à soupe) après les repas et au coucher, soit jusqu'à 4 prises par jour. Il peut être pris à la demande dès l'apparition des symptômes. Les antiacides à base de magnésium et d'aluminium (Maalox, Rennie) sont également autorisés en usage ponctuel.
En cas d'échec des antiacides, votre médecin peut vous prescrire un anti-H2 comme la ranitidine (anciennement Azantac) ou la famotidine. Ces médicaments réduisent la production d'acide en bloquant les récepteurs H2 de l'histamine au niveau des cellules pariétales de l'estomac. Ils sont plus efficaces que les antiacides simples car leur action dure plus longtemps (6 à 12 heures).
Les anti-H2 sont considérés comme compatibles avec la grossesse d'après les données disponibles, mais leur utilisation doit se faire sur prescription médicale uniquement. Ils sont généralement réservés aux cas de reflux modéré à sévère qui ne répondent pas aux antiacides.
Pour les cas de RGO sévère réfractaire aux traitements précédents, les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) comme l'oméprazole (Mopral) ou le lansoprazole peuvent être envisagés. Les IPP sont les médicaments les plus puissants pour réduire la sécrétion acide. Ils bloquent directement la pompe à protons des cellules de l'estomac, réduisant la production d'acide de 90 à 99 %.
Leur utilisation pendant la grossesse a longtemps suscité des interrogations, mais les données scientifiques sont aujourd'hui rassurantes. Une étude de grande envergure publiée dans le New England Journal of Medicine portant sur plus de 840 000 naissances n'a trouvé aucune augmentation du risque de malformation congénitale associée à l'utilisation d'IPP au premier trimestre (Pasternak et Hviid, 2010). Plusieurs méta-analyses ultérieures ont confirmé ces résultats. Les IPP restent néanmoins un traitement de 3e intention, à réserver aux cas où les bénéfices surpassent clairement les risques théoriques.
Face aux désagréments du reflux, de nombreuses femmes enceintes se tournent vers des remèdes naturels. Certains sont réellement efficaces, d'autres relèvent davantage du mythe. Voici un état des lieux fondé sur les données scientifiques disponibles.
L'efficacité du gingembre contre les nausées de grossesse est solidement démontrée par de nombreux essais cliniques. Ses propriétés procinétiques (il accélère la vidange gastrique) peuvent également bénéficier aux femmes souffrant de reflux, en réduisant le temps de séjour des aliments dans l'estomac. Toutefois, il n'existe pas d'étude spécifique démontrant son efficacité contre le RGO. Il peut être consommé sous forme d'infusion (1 g de gingembre frais râpé dans de l'eau chaude) ou de gingembre confit, à raison de 1 à 1,5 g par jour maximum.
Le lait est souvent cité comme remède contre les brûlures d'estomac. Il apporte effectivement un soulagement immédiat en tamponant temporairement l'acidité gastrique. Cependant, cet effet est de courte durée : les protéines et le calcium du lait stimulent ensuite la sécrétion d'acide (effet de rebond acide), ce qui peut aggraver les symptômes 30 à 60 minutes après l'ingestion. Le lait d'amande, non animal et naturellement alcalin, constitue une meilleure alternative si vous cherchez une boisson apaisante.
Les eaux minérales bicarbonatées (Vichy Célestins, Saint-Yorre) et le bicarbonate de soude neutralisent efficacement l'acide gastrique. Cependant, leur teneur élevée en sodium est problématique pendant la grossesse : un apport excessif de sodium favorise la rétention d'eau, les œdèmes et peut contribuer à l'hypertension artérielle. Si vous souhaitez en consommer, limitez vous à un verre par jour et demandez l'avis de votre médecin, surtout si vous êtes sujette à l'hypertension ou aux œdèmes.
Quelques études préliminaires suggèrent que l'acupuncture pourrait réduire les symptômes de reflux, mais les données restent insuffisantes pour conclure à une efficacité prouvée spécifiquement pendant la grossesse. L'acupression du point P6 (Neiguan), utilisée pour les nausées, n'a pas montré d'effet significatif sur le RGO. Ces approches peuvent être essayées en complément des autres mesures, mais ne doivent pas remplacer un traitement médical si les symptômes sont importants.
Le reflux gastro-œsophagien de la grossesse est dans la grande majorité des cas bénin et gérable. Cependant, certains signes doivent vous amener à consulter rapidement votre médecin, votre sage-femme ou à vous rendre aux urgences :
N'hésitez jamais à poser la question à votre médecin ou à votre sage-femme. Il n'existe pas de consultation inutile quand il s'agit de votre confort et de la sécurité de votre grossesse.
« Les remontées acides de la grossesse sont un inconfort très fréquent et presque toujours bénin. Dans ma pratique, je constate que la majorité des femmes trouvent un soulagement significatif avec des mesures simples : fractionner les repas, éviter de se coucher juste après manger, surélever la tête du lit et identifier les aliments déclencheurs. Quand ces mesures ne suffisent pas, le Gaviscon est un allié précieux, autorisé à tous les stades de la grossesse. Pour les cas plus sévères, nous disposons de traitements médicamenteux dont le profil de sécurité est bien établi. Le message que je souhaite faire passer, c'est qu'il ne faut pas endurer ces brûlures en silence en pensant que c'est "normal" : c'est fréquent, oui, mais des solutions existent. Parlez-en à votre médecin. Et gardez à l'esprit que ces symptômes disparaissent presque toujours dans les jours ou les semaines qui suivent l'accouchement. »
Dr Elie Servan-Schreiber, médecin et fondateur de bienmangerenceinte.fr
Non, les remontées acides ne sont pas dangereuses pour le bébé. Le reflux gastro-œsophagien de la grossesse est un phénomène qui concerne l'œsophage de la mère uniquement. L'acide gastrique ne traverse pas le placenta et n'affecte en rien le développement du fœtus. Les remontées acides sont désagréables pour la mère mais totalement inoffensives pour le bébé. Elles disparaissent dans la grande majorité des cas après l'accouchement.
Oui, le Gaviscon (alginate de sodium) est autorisé pendant toute la grossesse. C'est le traitement de première intention recommandé contre le reflux gastrique enceinte. Son mode d'action est purement mécanique : il forme un gel protecteur qui flotte à la surface du contenu gastrique et empêche les remontées acides. Il n'est pas absorbé dans le sang et ne présente pas de risque pour le bébé. La posologie habituelle est de 10 à 20 ml après les repas et au coucher. Demandez conseil à votre médecin ou pharmacien.
Les principaux aliments à éviter sont : les plats gras et frits (qui ralentissent la digestion), les épices fortes, les agrumes et les tomates (acides), le chocolat et la menthe (qui relâchent le sphincter œsophagien), le café (qui stimule la sécrétion acide), les boissons gazeuses (qui augmentent la pression dans l'estomac) et les oignons crus. Privilégiez la banane, le riz, la pomme de terre, le pain complet, les flocons d'avoine et le lait d'amande.
Oui, dans la grande majorité des cas, les remontées acides disparaissent dans les jours ou les semaines qui suivent l'accouchement. Les deux causes principales — le taux élevé de progestérone et la pression de l'utérus sur l'estomac — cessent dès la naissance du bébé. Le taux de progestérone chute rapidement après l'accouchement et l'utérus retrouve sa taille normale en quelques semaines. Si les symptômes persistent au-delà de quelques semaines post-partum, consultez votre médecin.
L'oméprazole (un inhibiteur de la pompe à protons) peut être prescrit pendant la grossesse en cas de reflux sévère qui ne répond pas aux antiacides ni aux anti-H2. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine (Pasternak et Hviid, 2010) portant sur plus de 840 000 naissances n'a pas trouvé d'augmentation du risque de malformation. Cependant, l'oméprazole reste un traitement de 3e intention et doit être prescrit par un médecin après évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque.
Le lait procure un soulagement temporaire en neutralisant immédiatement l'acidité gastrique. Cependant, cet effet est de courte durée : les protéines et le calcium du lait stimulent ensuite la sécrétion d'acide gastrique (effet de « rebond acide »), ce qui peut aggraver les brûlures 30 à 60 minutes après. Le lait d'amande, naturellement alcalin et sans protéines animales stimulant la production d'acide, est une meilleure alternative pour apaiser les brûlures d'estomac.
Pour mieux dormir avec des remontées acides pendant la grossesse : surélevez la tête du lit de 15 à 20 cm avec des cales sous les pieds du lit (les oreillers seuls ne suffisent pas car ils créent un angle au niveau de l'abdomen) ; dormez sur le côté gauche, qui réduit la pression sur le sphincter œsophagien ; dînez léger au moins 2 à 3 heures avant le coucher ; et prenez une dose de Gaviscon juste avant de vous allonger. Évitez de boire de grandes quantités de liquide juste avant le coucher.
Oui, le troisième trimestre est la période où les remontées acides sont les plus fréquentes et les plus intenses. Jusqu'à 80 % des femmes enceintes en souffrent au 3e trimestre (contre 30 à 50 % au 2e trimestre). Cette aggravation s'explique par la taille maximale de l'utérus qui comprime l'estomac, le taux de progestérone au plus haut et le relâchement maximal du sphincter œsophagien. Les symptômes s'atténuent généralement dans les dernières semaines quand le bébé descend dans le bassin, et disparaissent après l'accouchement.
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